Pas d’école pour Marcello et Zélie

Sandra Cornaz Blog, Unschooling Leave a Comment

Le témoignage d’Anaïs

Anaïs partage avec vous un bout de sa vie, celle en lien avec la découverte des apprentissages libres et autonomes, pratique communément appelée en France le unschooling

Elle décrit en quelques lignes leur parcours de parents : Gaetano et elle ont appris à lâcher prise sur les normes sociales pour s’inscrire dans une vie dénuée d’obligations scolaires (rythmes, programmes, catégorisation des enfants par classe d’âge, objectifs d’apprentissage…). Elle raconte comment ils ont su faire confiance à leurs enfants.

Je vous laisse découvrir !


Nous sommes un couple de saltimbanques : Anaïs, française et Gaetano, italien, sicilien même !

Il y a 5 ans, alors que nous allions avoir notre deuxième enfant, nous avons tout quitté (travail, appart’, famille, amis, pays…) pour vivre, autoconstruire, et autoproduire dans la colline face à la mer… à 30 km de Palerme…

On se retrouve au foyer à plein temps, alors qu’on était respectivement comédienne et danseur, habitués à déléguer, à être entourés, avec un certain niveau de vie et un certain type de consommation…

On se retrouve à devoir affronter le vent ! Des bourrasques à décorner un bœuf ! Cet hiver-là, le vent froid entre dans les chambres, siffle au-dessus de nos têtes, il fait même voler la fenêtre en bois juste à côté du berceau de la petite !

La nature nous impose un nouveau rythme, une nouvelle place, de nouvelles relations. Tout est à faire dans la nouvelle maison…

Nos enfants vont à l’école publique du village ; entre chips et religion, télévision et coca-cola®Une école sans un seul livre et sans récréation dans la cour vide, avec des mères de famille qui parfois ne te regardent pas, et te disent à peine bonjour…

Ton fils qui parlait français se retrouve à 3 ans à devoir oublier sa langue maternelle dans ses interactions… Il est frustré, il fait des colères…. Mais il apprend à parler l’italien et le dialecte à l’école, avec d’autres mômes… Elle est gentille la maitresse obèse… avec sa voix de fumeuse de brunes… Mais ces bonbons en guise de récompenses, ces punitions… Et puis… jamais de peinture… de découpage… Arrivé au CP [ndlr : cours préparatoire], c’est 2 heures de devoir par jour pour Marcello… des pages et des pages de lignes. En deux mois, il apprend à lire… mais, à la maison, il ne touchera plus un livre pendant des mois… Zélie, en petite section, se fait cajoler par l’une de ses maitresses et pincer par l’autre… Ça fait mal au ventre chaque fois qu’on les voit sortir de là.

On fait le choix de l’I.E.F. [ndlr : instruction en famille] en novembre dernier. On arrête de se sacrifier dans des engagement politiques urbains et chronophages… On commence le sport…

On découvre qu’on ne veut pas devenir les “maitres” de nos enfants… On lâche…. On fait confiance…. Les bambins deviennent à plein temps nos partenaires de jeu, de création… On se transforme en véritable équipe… On déconstruit… On rebâtit.

Extrait du témoignage d’Anaïs

On découvre le unschooling sur Internet (cf. réseau social Facebook, page et groupe fermé “unschooling en France”). On découvre qu’on ne veut pas devenir les “maitres” de nos enfants… On lâche…. On fait confiance…. Les bambins deviennent à plein temps nos partenaires de jeu, de création… On se transforme en véritable équipe… On déconstruit… On rebâtit. Le ciel se dégage ! Plus, tellement plus de temps pour élaborer, écouter, réagir, explorer ! Les enfants qui s’épanouissent comme des fleurs… nos peurs qui s’évanouissent… Rencontre avec les autres non-sco siciliens… esprit de groupe… découvertes partagées…

Accueil de familles non-sco françaises, échanges précieux ; aventures, intensités… expériences fortes, beaux souvenirs…

En Italie, les tests de niveau sont obligatoires ! On est censé envoyer aux responsables de l’enseignement notre programme parce qu’ils sont tenus de nous interroger sur ce dernier (et pas forcément sur le programme scolaire). Sauf qu’autour de nous, tous les enfants en I.E.F font du formel, et suivent le programme par niveau. Nous, on n’a pas de programme ! On trouve une école ouverte avec un directeur humain… On lui fait parvenir quatre pages d’une “liste des activités unschooling” : un peu de ce qu’on a fait dans ces derniers mois, avec une petite définition. Leur équipe accepte de nous faire passer le test.

Photos Sandra Cornaz

Marcello a la phobie des maths (son instit’ terrorisait tout le monde ; il a fini par se gratter compulsivement dès qu’il la voyait…) Quand il fait de la cuisine, ou du calcul mental ça va, mais devant des opérations posées, les larmes montent vite… Alors, on ne prépare pas le test, en termes de contenu… On ne force pas la préparation… même si l’examen s’intitule « idoneita alla terza elementare » [ndlr : Aptitudes à entrer en CE2]. On s’en fout…

On connait le programme, mais on ne l’applique pas… ou seulement si le môme est d’accord… curieux… une règle d’orthographe par-ci, par-là…. On lui dit, au môme, qu’on s’en fout. On lui montre deux-trois respirations de yoga… On lui répète, on se répète qu’on s’en fout de ce que les examinateurs pensent…

« Nous on sait qu’on a raison de te faire confiance… C’est confiance maximum ! Un examen c’est un spectacle, c’est du théâtre… et puis je suis sûre qu’ils seront gentils, et que ça va être une super expérience pour toi, pour nous…. Tu vas te confronter…. Tu vas rencontrer, tu vas partir à l’aventure… (son nom de capoeira : Aventura…) »

Marcello passe deux fois 2h d’examen écrit. C’est sur deux jours. Il y a cinq de ses potes non-sco dans la même salle… Ils sont là, tout beaux, comme des guerriers tranquilles…. Et ils passent le truc… et ça impressionne tout le monde, leur légèreté, leur tranquillité… italien, anglais, maths, sciences…

Mon fils ne sait pas multiplier…. Ne sait pas un tas de petits éléments du programme… mais on s’en fout. Il sait qu’il sait plein d’autres choses, qu’il est déjà bilingue, que personne ne sait tout, qu’il a le temps, qu’on cherche tout le temps. Il sourit : « Ils m’ont demandé seulement des choses belles… ils ne m’ont même pas disputé ! ».

Avant de partir, Marcello fait de la capoeira dans le couloir devant la maitresse…

Ciao, ci vediamo ! [ndlr : Salut ! À la prochaine !]

Anaïs D.

Texte posté dans sa version initiale le 21 juin 2019 sur le réseau social Facebook, groupe Unschooling en France, et légèrement modifié ici avec l’accord de son autrice. Vous pouvez la contacter sur les réseaux sociaux : #L’atelier D’Anais


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Photo : Robert Collins (from Unsplash)



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